Arras (Saint-Géry) 10.06.1735 – Arras ? 03.11.1793 (?). Écuyer, seigneur de Ruzé, Jouy et autres lieux, avocat, conseiller du roi, avocat général au Conseil provincial et supérieur d’Artois.
Élu en 1761 pour succéder à Pierre François Le Gay de Ramecourt sur le 17e fauteuil, il est reçu le avril 1762 par Durand fils, directeur de l’année.. Il occupe son poste jusqu’à la Révolution. À la restauration de l’Académie en 1817, il est remplacé par Louis Bonnier principal du collège d’Arras.
Il est le fils d’Anne Foacier, écuyer, seigneur de Jouy et de Ruzé, agent général de l’ordre militaire de Saint-Louis, et de Marie Françoise Hyacinthe Delaverdure. On lui a donné pour parrain son oncle maternel Joseph Delaverdure de Ternas, chanoine prêtre de la cathédrale de Cambrai, conseiller honoraire vétéran au parlement de Flandre, et pour marraine, sa tante maternelle Delaverdure, épouse de Louis Antoine Joseph Caudron, seigneur d’Ercourt.
Il fait un « bon » mariage en épousant, le 22 juin 1767 en l’église Sainte-Marie-Madeleine d’Arras, Marie Thérèse Arsène Lallart de Lebucquière, fille de Bon-Albert Lallart et de Marie-Catherine Dambrines. Lallart, seigneur de Berlette, négociant et banquier, receveur général des Etats d’Artois domine la finance locale. Tous les intervenants dans la cérémonie appartiennent à la famille Lallart-Dambrines : le chanoine Benoît Lallart, doyen de la cathédrale d’Arras qui unit les époux, Guislain Lallart de Le Bucquière négociant et banquier, François Ignace Dambrines d’Esquerchin, conseiller honoraire, Adrien Philippe Dambrines écuyer, seigneur de Boves, conseiller du roi au Conseil supérieur et provincial d’Artois, oncles paternel et maternels de la mariée, témoignent autant du mariage que de la puissance de la famille.
De cette union naissent quatre enfants : Marie Josèphe Thérèse , le 29 février 1768 ; Bon Auguste Joseph Marie, le 28 mars 1770 ; Marie Josèphe Albertine Angélique le 13 août 1771 ; Marie Edith Bénédicte, le 8 août 1775.
Son épouse décède le 14 octobre 1785 en sa paroisse de Saint-Aubert à Arras. Elle est inhumée le lendemain au cimetière de Saint-Nicaise, en présence de son frère Benoît Louis Joseph Lallart de Berles, échevin d’Arras, et de Mathieu Allard, abbé de Saint-André-au-Bois, député aux États d’Artois.
Foacier de Ruzé est l’un des plus grands magistrats du Conseil d’Artois à la fin du XVIIIe siècle. Il achète son office d’avocat général en 1760 pour la somme de 24 100 livres. Juriste de valeur, et homme intègre, il excelle dans le rôle qu’il joue pendant trente ans, jusqu’en 1790, en bonne entente avec le procureur général Grégoire Enlart de Grandval. Il s’attache particulièrement à ce que le Conseil d’Artois demeure le garant de la nation artésienne dans une province qui selon lui, ne faisait pas partie intégrante du royaume, faisant prévaloir l’adage « Un tribunal dans un pays d’États est non seulement le dépôt des lois, mais aussi le dépôt des mœurs ». Il est l’auteur en 1774 d’un important Mémoire concernant l’édit du rétablissement du conseil provincial d’Artois. Ordonné et méthodique, comme Dubois de Fosseux à l’Académie, il a laissé une quantité considérable de papiers et de notes tant publics que personnels, tous d’une grande qualité juridique, qui compensent en partie les pertes d’archives de 1915.
Académicien pendant trente ans, il brille en économie, art et poésie. Directeur en 1764 et en 1779, il traite à plusieurs reprises des questions d’économie publique, notamment sur la propriété communale : Discours sur les avantages de l’agriculture relativement aux mœurs (1763) ; Discours sur l’influence des sciences et des arts relativement au style (1764); Discours sur l’état et la condition des habitants de la campagne avant les seigneuries (1778), Rapport sur le mémoire sur la question : « Quelles furent autrefois les différentes branches de commerce dans les contrées qui forment la province d’Artois, en remontant même au temps des Gaulois ? Quelles ont été les causes de leur décadence et quels seraient les moyens de les rétablir, notamment les manufactures de la ville d’Arras ? ». Réputé pour sa culture générale, son sens de l’analyse et de la synthèse, il est presque chaque année élu commissaire pour l’examen des ouvrages qui doivent être lus à la séance publique. Académicien modèle, il est un des membres les plus assidus, notamment pendant les moments difficiles de 1789 à 1791, et il est présent à l’ultime séance du 4 mars 1791.
Il est reçu chez les Rosati le 22 juin 1787, en présence de Dubois de Fosseux, Le Gay, Bergaigne, Charamond, Leducq, Carnot et Robespierre. Sa fille aînée Marie Josèphe Thérèse est l’objet des compliments de Carnot et de Robespierre.
Il était l’un des plus riches propriétaires terriens du Conseil d’Artois. Il possédait plus de 1050 ha de labours, bois et prairies, répartis sur trente-cinq villages, qui lui procuraient un revenu de plus de 50 000 livres. Il résidait rue de l’Arsenal.
En 1789, il est membre du comité de rédaction des cahiers de doléances de la noblesse d’Artois et il fait partie avec Enlart de Grandval et Dubois de Fosseux de la commission chargée d’entretenir la correspondance avec les députés et de leur fournir la documentation et l’argumentation nécessaire pour soutenir leurs revendications.
Contrairement à d’autres aristocrates et clercs, il n’émigre pas, et il n’est pas d’abord inquiété. Il habite toujours rue de l’Arsenal, « homme de loi, âgé de cinquante-huit ans environ », quand sa sœur Marie Isabelle Martine Foacier meurt chez lui le 26 mars 1793 an II de la République. Jean Jacques Lamoral Marie d’Advisard, « ex-chanoine de Tours, son cousin ». signe avec lui l’acte de décès. (AD 62, 5 MIR 041/48, p. 1254/1316).
Mais son fils, Bon Auguste Joseph a émigré.
Auguste Joseph Foacier est arrêté avec ses trois filles après le vote de la loi des suspects du 17 septembre 1793, en tant qu’aristocrate et père d’émigré, et il meurt peu après en résidence surveillée. La plupart des sources datent son décès du 3 ou du 9 novembre 1793. Nous n’avons pas trouvé pas l’acte qui pourrait en confirmer la date exacte. Il est déclaré « feu » quand sa fille aînée, Marie Thérèse, meurt dans la « maison de réclusion ci-devant de la Providence » rue Baudimont, le 18 avril 1794, et quand Marie Édith y décède à son tour le 22 juillet 1794.
Seule Marie Albertine survit à sa détention. Elle est libérée en même temps que beaucoup de prisonniers après la mort de Robespierre et de Le Bon. Toujours domiciliée dans la maison familiale de la rue de l’Arsenal, elle épouse à Arras, le 15 mai 1797, Alexis Charles Jean de Brossin de Méré (AD 62, 5 MIR 041/43, p. 220/1405). Elle est entourée des survivants de sa famille maternelle, son oncle Antoine Joseph Lallart, son cousin Benoît Joseph Lallart et un autre cousin maternel, Antoine Marie François Donjon.
Bon Auguste Joseph, rentré d’émigration, ne revient pas à Arras. Il épouse Rosalie Deymont à Paris le 19 mars 1826. Il déclare dans son acte de mariage « avoir perdu ses aïeux paternels sans connaître leurs derniers domiciles non plus que les lieux et dates de leur décès ». (Acte reconstitué de l’état civil de Paris)
Auguste Joseph Marie Foacier de Ruzé est le frère cadet de l’Académicien Jean-Henry-Marie Foacier de Ruzé.
Sources
État civil : naissance, AD 62, 5 MIR 041/4, p. 536/1309 ; mariage, AD 62, 5 MIR 041/17, p. 1099-1100/1388 ; décès : ? Décès de son épouse Marie Thérèse Lallart, AD 62, 5 MIR 041/13, p. 693/1407.
Naissance de ses enfants : Marie Josèphe Thérèse , le 29 février 1768 (AD 62, 5 MIR 041/13, p. 88/1407 ; Bon Auguste Joseph Marie le 28 juin 1770 (AD 62, 5 MIR 041/13, p. 155/1407 ; Marie Josèphe Albertine Angélique 13 aout 1771, (5 MIR 041/13, p.196/1407) ; Marie Edith Bénédicte, le 8 août 1775 (5 MIR 041/13, p. 329/1407).
Décès de ses filles en prison : Marie Thérèse, AD 62, 5MIR 041/49, p. 775/1436 ; Marie Édith Bénédicte, AD 62, 5 MIR 041/49, p 1009/1436.
AD 62, 18 J, collection Laroche, IX, fonds Foacier de Ruzé, cité sans Sueur, note 228 p.107.
DUBOIS DE FOSSEUX, Journal de l’Académie, compte rendu des séances, Décembre 1785 - Mars 1792, Archives de l’Académie.
Père IGNACE, « Extraits des Recueils des Mercures et autres écris du temps pour servir à l’histoire de l’ancienne Société littéraire d’Arras », Mémoires de l’Académie d’Arras, 1ère série, t. XXXV [1863], p. 474-475, 477-478, 483-485, 506,507.
VAN DRIVAL Eugène, Histoire de l’Académie d’Arras, 1872, p. 40, 60, 65, 66, 68, 72-73, 225.
PARIS La Terreur dans le Pas-de-Calais et dans le Nord, Histoire des Joseph Le Bon et des tribunaux révolutionnaires dans le Nord et le Pas-de-Calais, 1864, p. 129, 134, 661, 667.
HAUTECLOCQUE de Gustave, « Inventaire des archives de l’Académie d’Arras », Mémoires de l’Académie d’Arras, 2e série, t. XXVIII [1897], p. 62,64.
BERTHE Léon-Noël, Dubois de Fosseux secrétaire de l'Académie d'Arras, 1785-1792, et son bureau de correspondance, 1969, p. 120, 122 , 131, 149, 154.
BERTHE Léon-Noël, Dictionnaire des correspondants de l’Académie d’Arras au temps de Robespierre, Arras, 1969, notice 420, p.95.
SUEUR Philippe, Le conseil provincial d'Artois (1640-1790). Une cour provinciale à la recherche de sa souveraineté. Mémoires de la Commission Départementale des Monuments Historiques du Pas-de-Calais, t. XVII, 1 et 2, p. 97, 102, 106-108, 181, 226, 238, 248, 251, 281, 320, 325-326, 330, 334, 338, 342-343, 360, 444, 768, 782, 801-802, 813, 816-819, 827, 852-859.
DIERS Jean-Pierre, « Étude sociologique de l’académie d’Arras des origines à nos jours (1737-2006) », 2007, Mémoires de l’Académie d’Arras, 6e série [1991-2006], 2007, p. 31, 40, 41.
http : //www.septentrion.com > ressources > PDF : LEDOUX Toinon, « La justice au travail : la préparation des audiences, d’après l’exemple de Foacier de Ruzé, avocat général au Conseil provincial d’Artois (1760-1790) », mémoire de master 2, sous la direction de Hervé Leuwers, 2016, p. 241-251, in Master 2016, Histoire Archéologie, Histoire de l’Art, Actes des colloques des étudiants de master en Sciences historiques et artistiques de Lille.
Agnès et Gérard Devulder