Calais (paroisse Notre-Dame) 01. 03. 1707 – Paris 14. 05. 1793. Avocat, écrivain et journaliste.
Installé au 3e fauteuil en 1737, il est l'un des trois fondateurs de la Société littéraire d’Arras avec l’ingénieur militaire Victor-Hyacinthe d'Artus et le conseiller Galhaut de Lassus. et il en est le premier secrétaire général. Démissionnaire en 1745, il est remplacé par Louis Joseph Cauwet de Basly.
Pierre Antoine de La Place est le fils de Pierre de La Place et de Jeanne Loret. Il est envoyé à l’âge de sept ans au collège des jésuites anglais à Saint-Omer où l’enseignement est donné en langue anglaise ; il y reste jusqu’en 1721 et devient parfaitement bilingue. Plus tard , il étudie le droit à Paris jusqu’en 1733.
Le 22 juillet 1733, « jeune homme âgé de vingt-six ans et demie », il épouse Jeanne Thérèse Martin en l’église Notre-Dame d’Aire-sur-la-Lys. Elle est la fille de Martin, chirurgien-major des hôpitaux du roi à Aire-sur-la-Lys, et de Laurence Senigon.
Il s’installe à Arras comme avocat en parlement, est reçu avocat aux États d’Artois en 1735, achète en 1739 le droit de bourgeoisie et réussit à se faire élire échevin.
Il se pique déjà d’écrire et essaye de nouer une relation épistolaire avec Voltaire : « ‘Je suis ton écolier, et fais gloire de l’être. Si j’ai quelque talent, tes écrits l’ont formé, Trop heureux de n’avoir rimé Qu’après avoir su te connaître’ ». Dans une lettre du 14 novembre 1735, Voltaire lui répondit aimablement qu’il avait trouvé dans ces quelques vers « beaucoup de goût et de génie ».
Peu après, il est à l’origine de la création à Arras d'une société littéraire : « Vers le mois de mars 1737, d’Arthus, ingénieur en chef pour le Roi, et de La Place, avocat de cette ville, formèrent le projet d’associer un certain nombre de personnes pour composer une compagnie d’hommes de lettre. Ils proposèrent leur dessein à quelques messieurs de robe et d’épée qui donnèrent aussitôt les mains à cet utile et honorable établissement… » (Père Ignace). En juillet 1737, ils sont quarante associés, et le 10 mai 1738, la Société est officiellement créée. De La Place en est le secrétaire perpétuel. Pas pour longtemps. En effet, élu député de la bourgeoisie aux États d’Artois et à la Cour en 1740 et 1741, il se hâte de quitter Arras pour s’installer définitivement à Paris.
À l’Académie d’Arras, il est remplacé comme secrétaire général, sinon de droit, du moins de fait, dès 1741, par Alexandre Harduin, premier occupant du 34e fauteuil. La Place ne démissionne de l’Académie qu’en 1745. « La Compagnie reçut une lettre très-belle de son secrétaire-perpétuel donnant sa démission, motivée par son éloignement continuel d’Arras. » (De Cardevacque). Louis Joseph Cauwet de Baly estt élu pour lui succéder sur le 3e fauteuil, et Harduin peut enfin être officiellement confirmé comme secrétaire général, poste qu’il assumera jusqu’en 1785 !.
À Paris, La Place se consacre totalement aux belles-lettres et d’abord à la traduction des écrivains anglais. La littérature anglaise étant à la mode, La Place s’empresse « avec plus d’ardeur que de talent » d’exploiter ce genre et il y puise le plus clair de son revenu. Se croyant né pour le théâtre il traduit en 1746 une tragédie d’Otway, Venise sauvée, qui obtint un succès passager.
Le Père Ignace raconte que La Place envoya cette œuvre à l’académie d’Arras : le 4 février 1747, « un des associés fit à haute et intelligible voix la lecture de la Venise sauvée [drame imité de l’anglais] de M. de La Place, ci-devant académicien. Elle fut lue toute entière, on la goûta, et par-ci par-là elle fut un peu critiquée. Cette lecture tint jusqu’à huit heures du soir ».
Jusqu’en 1760, La Place vécut surtout de ses traductions.
La marquise de Pompadour à qui il avait rendu service l’en récompensa en lui permettant d’entrer au Mercure et d’en prendre la direction en février 1760. Pendant huit ans, cette charge, complétée par les produits de la publication des volumes du Nouveau choix de pièces tirées des anciens Mercures et des autres journaux, lui assura de substantiels revenus.
Le chanoine Van Drival signale, à l’occasion d’une lecture d’Harduin que « des rapports déjà établis, devinrent de plus en plus fréquents avec le Mercure de France, ce qui donna peu à peu à la Société d’Arras, une renommée d’une assez grande importance ».
La Place fut écarté du Mercure en 1768 et reprit la publication de nouveaux romans et traductions pour compléter la confortable pension que le nouveau directeur du journal lui versa jusqu’à sa mort. Cela ne l’empêcha pas de se ruiner et il dut s’enfuir à Bruxelles avant de revenir terminer laborieusement sa vie à Paris.
Durant sa vie parisienne, La Place avait fréquenté les écrivains célèbres de son temps, les cercles à la mode, et avait été initié aux rites maçonniques. Selon La Harpe qui a rédigé sa notice nécrologique dans le Mercure, il était « grand hâbleur, mais obligeant, souple, actif, et de plus homme de plaisir et de bonne chère ; il s’était lié de préférence avec certains auteurs tels que Piron, Duclos, Collé, Crébillon fils, qui, comme lui, aimaient la table et le cabaret ». Et il cite La Place qui dit de lui-même dans son épitaphe :
Sans fortune, en dépit du sort
Il a joui jusqu’à la mort.
Les critiques des XIXe et XXe siècles sont sévères à son égard : « L’un des écrivains des plus féconds et des plus médiocres du XVIIIe siècle » (Weiss dans sa Biographie universelle, 1841), « Traductions infidèles, drames ennuyeux, petits vers niais et prosaïques, l’œuvre de La Place est tombée dans l’oubli où sa médiocrité la condamnait » (Louis de Montadon dans Etudes, 1953).
Publications
La Place, à défaut de passer à la postérité, fut un écrivain prolixe. Il est l’auteur de cent-dix œuvres recensées à la BNF, dont soixante-quinze sont consultables sur Gallica. Parmi elles, ses traductions d’œuvres anglaises, recueillies sous le titre Le théâtre anglais, Londres et Paris, 1745-1748, 8 volumes et sous le titre, Collection de romans traduits ou imités de l’anglais, Paris, 1788, 8 volumes ; quelques pièces de théâtre : Venise sauvée (1746), Les deux cousines (1746), Adèle de Ponthieu (1757), l’Épouse à la mode (1760) ; et d’autres œuvres diverses : La laideur aimable, Paris, 1752 ; Lettres à Milady*** et autres Œuvres mêlées, Paris, 1773 ; Pièces intéressantes et peu connues pour servir à l’histoire, Bruxelles, 1781 ; Recueil d’épitaphes sérieuses, badines, etc, Bruxelles, 1782…
Sources
État civil : naissance, AD 62, 5 MIR 193/30, p. 1660/1723 ; mariage, AD 62, 5 MIR 014/3, p. 1293-1294 et 5 MIR 193/31, p. 345/1662.
WEISS, « PLACE (Pierre Antoine de LA) », Biographie universelle ou Dictionnaire historique , t. 4, 1841, p. 630.
TILLIARD Victor et CHALON Charles, notes à propos de Pierre-Antoine de La Place, Bulletin du bibliophile belge, vo. 9, 1852, p. 297-300
Père IGNACE, « Extraits des Recueils des Mercures et autres écris du temps pour servir à l’histoire de l’ancienne Société littéraire d’Arras », Mémoires de l’Académie d’Arras, 1ère série, t. XXXV [1863], p. 347, 351, 355, 371, 381, 393, 400, 408, 411, 416.
VAN DRIVAL Eugène, Histoire de l’Académie d’Arras, 1872, p. 12, 30, 31, 223, 240, 273.
DE CARDEVACQUE Adolphe, Les fondateurs de l’académie d’Arras, Arras, 1884, p 24.
HOEFER, Nouvelle Biographie générale depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours, t.XL, Paris, Firmin-Didot, 1862.
Cité dans « La rébellion d’Hesdin - Fargues et le premier président Lamoignon » Revue des questions historiques (1897), p. 93-99
COBB Lillian, Pierre Antoine de La Place. Sa vie et son œuvre (1707-1793), Paris, 1928.
Dr MONTADON Louis, « Lillian COBB, M.A., docteur de l’Université de Paris. – Pierre Antoine de la Place. Sa Vie et son Œuvre (1707-1793) », in Etudes, t. 200, 5 juillet 1929
LUQUET G-H, La Franc-maçonnerie et l’État en France au XVIIIe siècle, 1963.
DIERS Jean-Pierre, « Étude sociologique de l’académie d’Arras des origines à nos jours (1737-2006) », 2007, Mémoires de l’Académie d’Arras, 6e série [1991-2006], 2007, p. 10, 13, 24.
www://dictionnaire-journalistes.gazettes18e.fr/ SGARD Jean, « LA PLACE », in Dictionnaire des Journalistes (1600-1789), notice 454.
Jean-Pierre Diers